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L'ivresse du pouvoir !



calife à la place du califeC’est dans l’air de ce temps presque printanier, il faut célébrer le numéro 1, celui qui se hisse à la tête du collectif, celui qui va représenter la diversité et l’assemblage de plusieurs histoires bien particulières. Donc, voilà, concernant le sport national adoré des français, nous venons de déclarer notre nouveau champion au prix d’un second tour acharné qui a vu coups bas et beaux gestes tactiques enchainés dans une mise en scène proche des arènes romaines. En voyant les nouvelles photos officielles du pouvoir, cette vision d’équipe,  bien ordonnée avec devant « le chef », a pu me faire songer à ces photos d’orchestres professionnels ou amateurs avec « le chef » (l’autre, qui peut aussi quelquefois être élu au second tour…), baguette au vent devant ses troupes musicales. Vous me direz, il faut bien « un chef », sinon c’est le début du désordre et de la fausse note assurée. « Le chef », effectivement, est sensé assurer la cohésion et le bon ordre même si, comme l’on dit quelquefois chez les musiciens d’orchestre un brin anarchistes où la cible est la représentation du pouvoir : «  il dérange plus qu’il arrange ». Pour la chose orchestrale, justement, il fut un temps où il n’y avait pas de « chef ». On s’arrangeait entre oreilles de bonne compagnie, à peine le violon solo marquait-il les entrées, chacun devait gérer sa propre partie sans être surveillé par une autorité. La musique était certainement plus simple en cette époque reculée… On n’ose imaginer la gestion d’un Etat sous ce modèle ! En France, c’est célèbre,  nous sommes particulièrement doués pour mettre en avant les individualités au profit de l’élan collectif. Ce n’est pas le fait du hasard le plus absolu si l’animal qui est le symbole de notre nation régit fièrement la basse-cour … C’est pour cela que dans les orchestres, à l’instar de l’appellation d’origine contrôlée type « Matignon », nous trouvons des « super-solistes », « premier soliste » ou « second soliste ». Tout cela est réglé comme du papier à musique, chacun use de son autorité pour sortir du rang. Un des points communs entre les deux « Chefs », celui d’un Etat et celui de l’orchestre, est qu’ils ne sont pas arrivés par hasard sur le devant de la scène. Cela fut le fruit d’une lutte sans merci, d’un parcours long et difficile. Dans le cadre de mes activités professionnelles, ces dernières semaines, j’ai pu constater à quel point, la place était bonne à prendre et les candidats au pouvoir, ne serait-ce que sur un poste de « chef » assistant, étaient fort nombreux. Ce qui est étonnant, c’est que de plus en plus de simples citoyens de l’orchestre, les musiciens du rang, la plèbe des premiers prix de conservatoires, ont envie de passer la porte, de devenir calife à la place du calife. Le pouvoir de conduire attire de plus en plus. Chacun veut sa part de gloire, diriger la masse, être vu sur le podium, l’ivresse du pouvoir en quelque sorte. Attention  à la gueule de bois ! Il n’est pas aisé de monter sur l’estrade mais on peut en descendre encore plus vite et à jamais, rejoindre à jamais le flot des anonymes. Comme le soulignait le « chef » Pierre Boulez à qui l’on demandait « comme faire pour devenir chef – quel parcours faut-il ? », il répondait d’un ton cinglant mais pragmatique « On naît chef, on ne le devient pas ». 
Certains doivent même passer leur permis de conduire... A l'exemple du compositeur Albert Petitlagrelèche :




Y.R.