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Hommage à Roger Bourdin

Vème Convention Internationale de la Flûte



roger bourdin traversière
Rythmée tous les quatre ans, la Convention internationale de la flûte a réuni du 20 au 23 octobre dernier des centaines de flûtistes, exposants et mélomanes au Conservatoire de Levallois-Perret.
Présidées cette année par Maxence Larrieu et avec le soutien organisationnelle de l’équipe de la Traversière, association française de la flûte, ces rencontres sur quatre jours ont permis comme le soulignait son directeur artistique Pierre-Yves Artaud de ressentir The Flute Spirit.
Avec des dizaines de concerts, de conférences, d’ateliers, de Master-Classe, la flûte ou plus exactement les flûtes du monde ont résonné dans un répertoire extrêmement varié.
The Flute Spirit avait aussi convoqué les esprits de grands artistes disparus.
Pierre Boulez 26 mars 1925 – 5 janvier 2016
Aurèle Nicollet  22 janvier 1926 - 29 janvier 2016
Roger Bourdin 27 janvier 1923 - 23 septembre 1976



aurèle nicoletAurèle Nicolet
Emportés en 2016, le compositeur Pierre Boulez et le flûtiste Aurèle Nicolet. Nés à six mois d’intervalle en 1926 et mort la même année à une semaine près, ils se sont connus pendant leurs études au conservatoire de Paris. Aurèle Nicollet, élève de Marcel Moyse à Paris jusqu’en 1947, fut l’année suivant lauréat du Concours de Genève. Dès 1947, il est soliste au Tonhalle Orchestra de Zürich, puis de Winterthurer Stadtorchester à Winterthur. En 1950, Furtwängler le nomme premier flûtiste de l'Orchestre philharmonique de Berlin. Il jouera sous la baguette d’Herbert von Karajan jusqu’en 1959. Il sera professeur au Conservatoire de musique de Berlin de 1952 à 1965 puis à Fribourg-en-Brisgau de 1965 à 1981.
Selon Pierre-Yves Artaud, Aurèle Nicolet, Suisse né à Neuchâtel, aimait à dire « J’ai appris à jouer de la flûte grâce à Paris et à faire de la musique grâce aux allemands ». Son style mêlait harmonieusement une vigueur toute germanique à l’esprit malicieux très français avec un amour total du son à la française qu’il gardera toute sa vie.
Pour réunir ses deux esprits disparus en 2016, la Convention de la Flûte programma le dimanche 23 octobre, deux pièces qu’Aurèle Nicolet considérait comme les grands chefs d’œuvres contrapunctiques du répertoire de la flûte, la Sonate en si mineur de Jean Sébastien Bach interprétée par András Adorján et la Sonatine op.1 de Pierre Boulez jouée par Magali Mosnier.
Réécoutez Aurèle Nicolet dans le double concerto pour flûte et hautbois, œuvre que lui a dédiée György Ligeti.

orchestre roger bourdin 1964
Hommage à Roger Bourdin
Quels beaux moments ce samedi matin, lors de la conférence en Hommage à Roger Bourdin animée par Pascal Verroust et Bernard Duplaix, où spontanément et à plusieurs reprises, le public de la salle quasiment pleine de l’auditorium du Conservatoire applaudit les extraits diffusés de compositions, d’arrangements de musique légère, voire n’ayons pas peur des mots de variétés ou d’œuvres classiques interprétés par Roger Bourdin, il y a plus de cinquante ans. Si les extraits de la télévision de l’ORTF était en noir et blanc, la sonorité de la flûte de Roger Bourdin étincelait de mille couleurs. Cette sonorité unique ronde, pleine, magique qui transporte l’émotion.

Émotion, le maitre mot de Roger Bourdin lui qui disait fréquemment « si je n’ai pas le frisson… ». Sa virtuosité quasi sans limites, il l’avait acquise très tôt, dès 9 ans, grâce aux conseils avisés de son premier professeur au Conservatoire de Versailles, Jacques Chalanda.

On peut s’interroger sur le déterminisme puisque Roger Bourdin aurait pu commencer un tout autre instrument si l’anecdote suivante est bien réelle : Son père muté à Versailles va trouver le directeur du conservatoire, Claude Delvincourt : «S’il aime la musique, on le saura très vite. Mais qu’il apprenne le solfège d’abord et si cela se passe bien dans deux ans, qu’il apprenne un instrument à vent ! J’ai un très bon professeur de flûte, Jacques Chalanda, ancien militaire, rigoureux, discipliné. » Les efforts sont rapidement récompensés par un premier prix à 12 ans au Conservatoire de Versailles qui le mène au Conservatoire de Paris dans la classe de Marcel Moyse. En 1939, à 16 ans, déjà auréolé d’un premier prix du conservatoire de Paris dont il restera modeste, qualifiant ce prix de « petit brevet gentil », il est déjà soliste à la Radio puis dès 1940, flûte solo à l'Orchestre de l'Association des Concerts Lamoureux. Il y côtoie Fernand Caratgé à qui il estimait devoir beaucoup.


Mais en secret se qui l’anime et le taraude, c’est de jouer du piano, instrument pour lui essentiel à la recherche des harmonies. Sur les conseils de Claude Delvincourt, élève à Paris, il était restait à Versailles pour suivre les cours d’harmonie. Versailles qu’il ne quittera pas car dès 1943, il est nommé professeur de flûte, en remplacement d’Albert Manouvrier, poste qu’il occupera jusqu’à sa mort prématurée à l’âge de 53 ans le 23 septembre 1976, d’une hémorragie cérébral
e.

Encore le déterminisme !

Né un 27 janvier « Comme Mozart », plaisait-il à dire, il semble d’après ses proches qu’il sentait qu’il aurait une vie relativement courte, comme son père. Est-ce là la clef du mystère de sa boulimie qui le mena à emprunter tous les chemins de la musique, quasiment sans exception. Soliste d’Orchestre symphonique chez Lamoureux, découvreur de talents dans l’enseignement, en musique de chambre, dès
1945 en quatuor de flûte avec Jean-Pierre Rampal, Pol Mule, Eugène Masson jusqu’au dixtuor, jouant du piccolo à la flûte basse, en duo puis en trio, avec la harpiste Annie Challan et l’altiste Colette Lequien, chef d’orchestre de musique légère ou de variétés, animateur et organisateurs de concerts, compositeur, arrangeur, infatigable soliste pour le grand répertoire de la flûte classique et contemporain, spécialiste du recording naissant, improvisateur, directeur du Conservatoire de Marly-le-Roi et joueur invétéré de pétanque….

quatuor de flutes roger bourdin
Le quatuor Roger Bourdin avec 
Jean-Pierre Rampal, Pol Mule, Eugène Masson

Sa vie d’enseignant, il l’a commencée comme professeur intérimaire le 1er avril 1943, puis stagiaire en 1947, titulaire en octobre 1950. La situation des classes de flûtes en France après-guerre n’était celle d’aujourd’hui. Roger Bourdin commença par quelques heures de cours, de 2 à 3 jusqu’en 1956 pour atteindre seulement 8 heures en 1968. Les heures complémentaires étant allouées en fonction de l’inscription de nouveaux élèves, la classe ne passera à temps complet de 16 heures qu’en 1971.

trio roger bourdin
En trio avec la harpiste Annie Challan et l’altiste Colette Lequien

L’enthousiasme de Roger Bourdin en cours était communicatif et il percevait et appelait ses élèves comme « ses mômes, ses enfants ». Ses élèves étaient impressionnés de sa virtuosité et notamment de sa mobilité de menton, technique impressionnante qu’il mettait en œuvre dans l’interprétation des variations de l’Air Allemand de Boehm, avec ses sauts d’octave joués à toute vitesse.
Il savait également rassurés les élèves impressionnés en l’accompagnant au piano dans le répertoire classique. Quand il sentait l’élève timide sur son interprétation, il l’accompagnait d’une improvisation jazzy. Combien se souviennent de l’Allemande de la partita de Bach revisitée.

Ce sens de l’improvisation, Roger Bourdin l’a cultivée au plus au point. Il dira à ses élèves en 1968, après sa célèbre improvisation pour la Chanson Il est cinq heures, Paris s’éveille : «faites de l’harmonie, vous aurez toutes les joies inégalables. Je pense que le fait d’être harmoniste, d’être musicien plus complet, m’a permis de réaliser ce solo ».

Il est cinq heures, Paris s’éveille

Histoire mythique d’une improvisation

Le 28 janvier 1968, dans les studios de chez Vogue, deux mondes se côtoient, variétés et classique. Une fois de plus, Roger Bourdin fait la synthèse en crossover.
Comme pour toute évocation d’un mythique, il y a ceux qui le racontent et ceux qui l’ont vécus. Pourtant personne n’est d’accord sur le nombre de prises réalisées en improvisation totale, une ou deux.

Roger Bourdin évoquait deux prises, quand Jacques Dutronc lui-même affirmait une seule prise. Célébrant dans une émission de télé,
le 21 juin 1991, le disque Paris s’éveille élu meilleur 45 tours francophones de tous les temps, sondage réalisé par le Nouvel Observateur, Dutronc énonçait : « La flûte n’était pas prévue. Au départ, je désirais faire à la guitare quelques fioritures dans le style manouche, façon Django Reinhardt. A la séance suivante Roger Bourdin est arrivé en studio. Je pense qu’il a écouté la bande.  Il a dit, cela serait formidable quelques trucs de flûte là-dessus. Ce qui l’a fait. Comme tout professionnel et personne qui aime ce qu’il fait, il a voulu faire une deuxième prise. On lui a dit « Surtout pas ». La partie de flûte est restée telle qu’elle, d’ailleurs si vous l’écoutez parfaitement il y a quelques pins intéressants. Cela donne le charme. »

D’autres affirment qu’il n’a fait qu’une prise. Non pas à son initiative mais à la demande du directeur artistique de Jacques Dutronc et de l’ingénieur du son qui demande à Roger Bourdin de combler des trous dans la chanson. Roger Bourdin lui-même dit qu’il s’est montré réticent, concentré sur la préparation de son enregistrement Bach. Il cède. Jacques Lefèvre, l’ami luthier fondateur de la marque Jack Leff, présent le 28 janvier 1968, apporte cette précision « Dans cet enregistrement, Roger part toujours avec un petit peu après l’accord, car il a tout fait à l’oreille ! Après la prise, il est revenu à Bach… »
Ce qui peut paraitre comme une hésitation, fait tout le charme de ce dialogue entre les paroles quasiment psalmodiées par Dutronc et les ritournelles inspirées de Roger Bourdin.

Du répertoire populaire de la chanson, Il est cinq heures, Paris s’éveille reste, à l’instar de Penny Lane des Beatles enregistrée en 1967, indissociable de la partie soliste instrumentale associée, que ce soit celle de la flûte de Roger Bourdin ou la trompette piccolo de David Mason, inspiré lui aussi par Jean-Sébastien Bach (Concerto Brandebourgeois N°2).
Un point commun entre le flûtiste français et le trompettiste anglais, ils n’apparaissent pas sur la déclaration des droits d’auteur de ces titres de légende. Roger Bourdin aurait reçu une bouteille de vin de Bordeaux et David Mason, un cachet de quelques Livres Sterling.


couverture-stac-flat-robert-martinLes Éditions Robert Martin avec la réalisation et la publication de quelques titres originaux de Roger Bourdin permettront aux jeunes générations de flûtistes de s’imprégner de son inspiration, sous forme soliste ou en musique d’ensemble.

Christophe Félix, directeur artistique des Éditions œuvre depuis quatre ans à la réalisation de ces partitions aidés du fils de Roger, le saxophoniste et compositeur  Philippe Bourdin et de Pierre Monty qui avec et ses amis flûtistes Gilles de Talhouët, François Ducasse et Pascal Gresset font revivre les quatuors.



Nous retrouvons dans une prochaine New Lettre Robert Martin, la genèse de la restitution des partitions de Roger Bourdin, pour flûte et piano, le célébrissime Stact-Flat composé avec la complicité de Paul Bonneau, Vive Aldi, Hommage à Haendel, Bachaniana, le quatuor Bini-Stac ou encore Atlantide pour ensemble de flûtes. Stact-Flat est également publié en version Ensemble de flûtes.

L’esprit de Roger Bourdin souffle à nouveau.
Afin de poursuivre la connaissance de cet artiste d’exception, nous vous conseillons de lire deux dossier spéciaux consacrés à Roger Bourdin
-    Le hors séries de Traversières Magazine, N°117, deuxième trimestre 2016. Ses multiples facettes sont développées sur trois axes, Flûtiste hors pair, Musicien hors normes, Professeur hors classe avec un entretien émouvant avec Annie Challan qui l’a accompagné à la harpe de 1960 à la fin de sa vie. http://traversieres.eu/accueil.php

-    La revue Tempo flûte, semestrielle, publie tous les deux ans un numéro hors-série. Après les Fantaisies de Telemann, les compositions de Théobald Böhm, puis la vie et l’œuvre de Jules Demersseman (1833-1866), compositeur français sur lequel rien n’avait été publié jusque-là, en décembre 2016 Tempo flûte publie un grand numéro consacré à Roger Bourdin ; sa biographie détaillée, des pages sur l’art du flûtiste, ses  compétences multiples, ses enregistrements, ses compositions et, plus largement, sur son  époque et ceux qui ont été ses proches, notamment Annie Challan, harpiste à l’Opéra.
Tempo flûte : http://www.tempoflute.com/ Tél. : 01 30 27 48 80.


Y.R.