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Eloge des vieux

la passion du doyen...
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Il y a quelques mois, dans cette même rubrique, j’ai pu tenter de convaincre les plus sceptiques sur leattention-aux-vieux fait de croire en cette tribu difficile à cerner nommée « les Jeunes ». Ces derniers n’arrivant plus à articuler (fait biologique contemporain étrange dans l’évolution du sapiens sapiens) se nomment entre eux les « Jeun’s ».  Monsieur de la Palice aurait aimé à souligner à quel point ils sont l’avenir de notre société, et que nous devons tout faire pour les préparer à affronter les difficultés existentielles (et l’abandon du solfège !). Nous connaissons l’arrogance de cette jeunesse qui parle fort,  se croit tout autorisé, au point de posséder plusieurs smartphones dès le plus jeune âge et de décréter quitter le nid familial passé la trentaine sans savoir lire la clef d’ut 2  – il faut dire que le peu d’emploi réservé au juvénile n’aide pas à l’évacuation du poussin transpositeur…  Mais dans un souci d’équité, et après avoir rencontré à nouveau l’incroyable Guy Dangain (visez l’article Atomes crochues, sur la personnalité de ce mois), il convient de remettre les pendules à l’heure et , au regard de l’allongement de durée de vie qui est censé nous attendre, de considérer les anciens avec intérêt. D’accord, Il y a quelques cas de vieillissement prématurés chez le musicien d’orchestre. Cela se transforme, pour certains, par une sensation de lassitude ou routine, à un renoncement à la passion ou la curiosité, un petit somme au pupitre après le déjeuner quand le chef n’est pas intéressant. Je me souviens avoir demandé à un musicien de haut niveau, qui avait dirigé son Orchestre National la semaine précédente. Il s’était gratté les trois pistons de sa trompette et avait répondu, un russe avec un nom en « ov ». Véridique.
Guy Dangain, lui, se souvient de tous les immenses chefs qu’il a rencontrés au pupitre du National. Même, il se souvient des milliers d’élèves qu’il a pu accompagner vers la réussite professionnel ou l’épanouissement amateur. Avec ses amis Georges Prêtre ou Michel Plasson, ils s’appellent, se rencontrent et évoquent les yeux brillants, de magnifiques souvenirs music
aux, pas trop éloignés dans l’espace temps. Il faut voir Guy Dangain déambuler dans les rues de Paris, jurys de concours, conventions, masterclass pour comprendre que la passion, cela conserve et aide à se lever chaque jour. Nous avons tous connu, dans les Harmonies, « le doyen » qui était la mascotte de la formation. Moi, je me souviens d’un petit monsieur aux cheveux argentés que nous nommions « tonton caramel » car il distribuait aux jeunes après chaque répétition le vendredi soir, un caramel ou autre sucreries. Il était discret, ne disait pas un mot de plus haut que les autres, jouait sa partie de baryton plus que correctement et aidait les jeunes perdus au milieu d’une Fantaisie de Popy. Il y avait aussi un monsieur Caron qui jouait du bugle. Je me souviens, il transportait son instrument dans un sac plastique, pas d’étui sophistiqué comme les mômes de maintenant peuvent l’arborer (et encore, généralement, c’est la mère qui le porte car le pauvre chérubin est fatigué après l’école…).  Je regardais cette manière de transporter son instrument à l’africaine de manière étrange. Jamais son bugle affichait un accroc de vernis, une bosse… Respect.
Je me souviens, lors d’un voyage en Afrique de l’Est, dans un village pauvre mais où semblait régner une certaine entraide entre les gens (cela laisse rêveur le parisien contrarié que je quand je constate le civisme employé par la foule dans le métro), avoir discuté avec les anciens entouré de marmots qui couraient dans tous les sens. J’ai saisi, je pense, qu’ils étaient les plus importantes personnalités du village. Ils étaient écoutés et la vie régnait autour d’eux. Chez nous, quand un musicien d’orchestre vieillit, on ne pense qu’à une chose, le rétrograder de pupitre. Pourtant l’expérience a une grande valeur et nous connaissons tous de merveilleux artistes qui, passé la soixantaine, peuvent aisément conserver leur poste de soliste. Ces derniers seraient-ils atteint, comme disait le bouillonnant Berlioz, par le fièvre de la passion ? Et si la musique vécue avec intensité conservait ? Au final, jeunes et vieux : même combat. Entretenir la flamme…

F.D.